Préhistoire

La seule trace de présence humaine, pour le Paléolithique inférieur, se résume en un seul biface qui fut découvert au voisinage de Mahelma et attribué à un Acheuléen moyen sinon plus vraisemblablement supérieur43. Les deux plus importants gisements découverts dans le Sahel d’Alger remontent pour l’un au Paléolithique moyen. Il s’agit de celui découvert lors de la construction, en 1961, de la cité Malki (ex-Allobroges), à Ben Aknoun, et l’autre, celui de la grotte du Grand Rocher, à Aïn Benian, qui remonte au Néolithique44. D’autres gisements ont livré des restes attribués à l’Ibéromaurusien remontent au Néolithique et Néolithique pauvre. Vers 1840, Adrien Berbrugger avait découvert l’une des nécropoles mégalithiques les plus importantes du littoral algérien : les dolmens de Beni Messous. La nécropole s’étendait sur les deux rives de l’Oued Beni Messous, celui de Beni Messous (rive droite) et celui d’Aïn Kalaa (rive gauche)45. Le Sahel d’Alger offre un panel des différentes cultures préhistoriques du Maghreb à l’exception de la hache à talon, de l’âge du bronze, découverte à Saint-Eugène (Bologhine) et qui représente un cas unique au Maghreb.

Antiquité

Une localité appelée à l’origine par les Puniques Ikosim (nom signifiant « l’île aux mouettes » d’après Victor Bérard ou « l’île aux épines » ou « aux hiboux » d’après Joseph Cantineau et Louis Leschi46), lorsqu’elle acquit le statut de comptoir phénicien d’importance, la fondation d’Ikosim est antérieure au IVe siècle av. J.-C. Des débris de vases campiniens datant du IIIe siècle av. J.-C. y furent découverts dans un puits de vingt mètres de profondeur en 1940.

Déjà au début du Ier millénaire av. J.-C., Ikosim était un important comptoir phénicien. En -202, la ville passa sous influence romaine à la suite de l’alliance scellée entre Massinissa et Scipion l’Africain contre Carthage. Le nom d’Ikosim prend sa forme romanisée, Icosium, sous Juba Ier et Ptolémée.

Les tribus berbères Maghraouas étaient très nombreuses dans les environs d’Icosium et Ptolémée de Maurétanie devait les contenir. Ptolémée de Maurétanie fit transférer une partie des Maghraoua vers le Chlef47 et il combat les résistants berbères soulevés par Tacfarinas48, dans cette même période. Après Tibère, Vespasien envoya une colonie à Icosium pour arrêter les révoltes49.

Après la révolte de Tacfarinas, Firmus (général maure berbère) détruisit Icosium en mettant le feu avec l’aide de toutes les tribus berbères maures (non romanisés) qui vivaient dans les montagnes des environs au IVe siècle50.

C’est vers le Ve siècle que le christianisme s’introduisit à Icosium. En 429, la ville passa sous domination vandale, lors de leur conquête de l’Afrique du Nord. En 442, un traité entre Romains et Vandales permit aux Romains de récupérer Icosium et ce durant les cent ans de présence vandale en Algérie.

Après 533, la ville, à peine contrôlée par les Byzantins, fut attaquée par des tribus berbères.

Moyen Âge

En 710, la conquête musulmane introduisit l’islam en Afrique du Nord. Le territoire d’Alger appartenait aux Maghraouas, une tribu berbère zénète47. Ziri ibn Menad, vassal des Fatimides, vainquit les Berbères zénètes kharidjites. Après la mort d’Abu Yazid en 947, Ziri ibn Menad s’empara de la région du centre et fonda Achir comme capitale des Zirides. D’après Ibn Khaldoun, la région d’Alger fut occupée par les Sanhadjas avec la dynastie des Zirides51. Le fils de Ziri ibn Menad avec l’autorisation de son père, Bologhine ibn Ziri, fonda trois villes dont Djzair Beni Mezghenna (Alger), Médéa et Miliana après avoir chassé les Zénètes52.

Bologhine ibn Ziri reconstruisit Icosium au milieu du Xe siècle53,54 en fortifiant et agrandissant le site occupé par les Beni Mezghenna et la baptisa « Djezaïr Beni Mezghenna », en 96055.

La guerre continua entre les Zénètes et les Sanhadjas. Ziri ibn Menad fut tué en 97156 dans une bataille contre les Maghraouas, sa tête fut rapportée à Cordoue par les Maghraoua afin d’obtenir de l’aide pour affronter l’armée des Zirides, vassal des Fatimides. Les Zénètes vengèrent ainsi la mort d’Abu Yazid57. C’est ainsi que Moez, calife fatimide, désigna Bologhine ibn Ziri comme calife du Maghreb. Ce dernier continua le combat contre les Zénètes. Ces derniers demandèrent alors l’aide des Omeyyades de Cordoue pour reprendre leur territoire et leurs villes y compris Alger. Bologhine ibn Ziri s’empare de presque tout le Maghreb en suivant les directives de Moez57.

Bologhine possédait toutes les villes du Maghreb, il avait pour ordre de tuer tous les Zénètes, de ramasser l’impôt des Berbères sous l’emprise de l’épée. Ceci provoqua une marche de contestation de la part des autres tribus. Les Kutama devinrent jaloux des Zirides et la guerre éclata entre les deux tribus ; Mila et Sétif furent rasées par les Zirides57. Les Omeyyades acceptèrent enfin d’aider les Zénètes à reconquérir leurs territoires, en particulier des Maghraoua57. Bologhine ibn Ziri rebroussa chemin en voyant toute l’armée des Zénètes venue d’Andalousie par voie maritime qui s’installa à Ceuta57. En 983, Bologhine ibn Ziri mourut. S’ensuivit une longue période de défaite pour les Zirides. Les Maghraouas regagnèrent leurs territoires et leur souveraineté dans le Maghreb central et dans l’Ouest grâce à Ziri Ibn Attia issue des Maghraouas. Toutes les villes du Centre jusqu’à Tanger redevinrent des villes Zénètes, y compris Alger57.

Les Fatimides voulaient prendre l’al-Andalus, mais ils décidèrent d’abandonner ce projet pour garder l’Égypte et les autres provinces. Les Zirides restèrent souverains dans leurs territoires à l’est de l’Algérie ainsi que les Hammadides (tribu des Sanhadja)57. Les Almoravides prirent Alger en 1082 grâce à Youssef Ibn Tachfin. Ce dernier défit tous les Zénètes. La première grande mosquée du rite malékiste Djamaâ el Kebir ou la Grande Mosquée (de 1097) y fut construite par Youssef Ibn Tachfin. Les Almoravides n’ont jamais fait la guerre contre les Zirides, les deux tribus sont des Sanhadjas57. En 1151, Abd al-Mumin (Almohades), un Berbère zénète, reprit Alger ainsi que tout le Maghreb et l’Andalousie aux Almoravides57. Par la suite, Alger fut rattachée aux capitales des dynasties Zianides, ainsi que Hafsides et Mérinides pour des courtes périodes. Longtemps la ville fut dépendante de Tlemcen sous les dynasties Ifrenides, Maghraouides, Almoravides, Almohades et Zianides57.

Époque moderne

Alger au début du XVIe siècle

Vue d’Alger, prise sur le bord de mer sud.

Alger était alors un port peuplé d’environ 20 000 habitants, dont la population s’était fortement accrue avec l’arrivée des Juifs et des Maures expulsés d’Andalousie après la chute de Grenade. Elle devint une « petite république municipale »58.

En 1510, les Espagnols soumirent Alger et bâtirent une forteresse sur un îlot de la baie, le Peñon d’Alger, destinée à défendre et surveiller la ville. À la mort du roi Ferdinand le Catholique en 1516, les habitants se révoltèrent et imposèrent à l’émir Salim at-Toumi, de faire appel au corsaire turc Barberousse59. Ce dernier devint maître de la ville après avoir assassiné Salim at-Toumi60 qui avait intrigué avec les Espagnols et sa tribu des Tha’alibi pour se débarrasser des corsaires61, mais les Espagnols conservèrent la forteresse du Peñón. En 1516 et 1518, Alger fut attaquée par des expéditions espagnoles commandées respectivement par Diego de Vera et Hugo de Moncada, qui échouèrent toutes deux.

Par la suite, Khayr ad-Din Barberousse fut évincé d’Alger par le chef kabyle Sidi Ahmed ou el Kadhi, mais s’y rétablit à la fin des années 1520 avec le soutien du gouvernement ottoman et réussit cette fois à prendre et à détruire la forteresse du Peñón ; il fit construire la jetée Kheir-Eddine, reliant les îlots à la terre ferme et constituant ainsi le premier abri du port d’Alger. Cette date marque le début de la régence d’Alger, qui fit d’Alger la capitale d’un État vassal de l’Empire ottoman, quoiqu’assez indépendant de facto.

En même temps, une double extrapolation se produisit. La ville, El Djazaïr en arabe, donne son nom au pays entier (en arabe, « Alger » et « Algérie » s’écrivent de la même façon : El Djazaïr) tandis que la citadelle perchée en haut de la ville ancienne, la casbah, donne son nom à la ville. De nos jours encore, « casbah » désigne la ville pré-coloniale, désormais classée au patrimoine mondial de l’UNESCO62.

Siège d'Alger par l'empereur Charles Quint

Après la bataille de Tunis en 1535 et dans le but de sécuriser ses positions méditerranéennes, Charles Quint décida en 1541, de s’emparer d’Alger qui était devenue une véritable base « corsaire » (au sens du corso méditerranéen) sous la houlette des frères Arudj puis Khayr ad-Din Barberousse.

En octobre 1541, l’empereur réunit une flotte de guerre. Alger était alors sous l’autorité de Hassan Agha. Hassan Agha renforça les fortifications et les arsenaux de la ville. Lors du siège de la ville, un orage violent éclata. La tempête continua toute la soirée et même la nuit entière. Au petit matin, la pluie ne cessant de tomber, elle rendit inutilisable la poudre pour les canons et les arquebuses. Les troupes impériales furent alors décimées par les troupes d’Hassan Agha et les irréguliers venus des campagnes environnantes. L’armée impériale battit ensuite en retraite vers le cap Matifou.

La retraite fut désastreuse pour les forces impériales car la route était coupée par une crue de l’Oued El-Harrach tandis que les troupes algéroises et irrégulières les harcelaient, leur occasionnant de grandes pertes. Les survivants arrivèrent à Tamentfoust, puis les troupes de Charles Quint se réfugièrent à Béjaïa, alors toujours aux mains des Espagnols. Après cette débâcle, la ville devint la plus puissante des villes neuves de la Méditerranée. La régence d’Alger, solidement établie, dura trois siècles, jusqu’en 1830.

La régence

Sous la régence turque, la ville était administrée par un fonctionnaire : le Cheikh-el-Bled. Celui-ci avait entre autres attributions : celle de lever une contribution hebdomadaire sur les boutiques et sur les corps de métiers ; de fournir par voie de réquisition, les mulets et les chevaux de transport nécessaires aux troupes turques envoyées au dehors ; et de défrayer, pendant leur séjour à Alger, les envoyés de l’intérieur. Sa résidence était située dans l’actuelle « rue de la Lyre inférieure », sa villa à Birkadem (« Djenan Cheikh-el-Bled »).

Tableau montrant quelques navires en activité en face de la ville d’Alger.

 

Au début du XVIIIe siècle, Laugier de Tassy décrivait la population d’Alger en ces termes « On ne voit presque dans la ville que les Maures, qui ont été chassés d’Espagne »63. Au début du XIXe siècle, on comptait à Alger une centaine d’écoles primaires et quatre collèges supérieurs (pour moins de 20 000 habitants), à savoir celui de la Grande Mosquée, celui de la Quashashiyya, celui des Andalous et celui de Shaykh al-bilâd64.

 

À la veille de la conquête française, Alger était une ville très cosmopolite, la société se composait de Turcs, de Maures mêlés de Berbères et d’Arabes avec un fort apport andalou, de Kouloughlis, de Kabyles, de Noirs affranchies, d’esclaves, de Juifs et de Beranis qui se composaient de minorités régionales : les Biskris, les Laghouatis et les Mozabites65. Alger connaissait notamment plusieurs langues et dialectes : l’osmanli parlé par les Turcs, un arabe citadin parlé par les Maures, un hébreu arabisé parlé par les Juifs et les dialectes berbères parlés par chaque communauté berbère65.

Bombardement d’Alger par une flotte anglo-hollandaise en 1816.

 

La ville fut plusieurs fois bombardée sous la Régence. La marine royale française, sous le commandement de Abraham Duquesne, à la suite de la déclaration de guerre à la France du Dey d’Alger, bombarde Alger en 1682 puis plusieurs autres fois durant ce conflit. En 1815 la Seconde Guerre barbaresque s’achève par la défaite du dey Omar Agha, Américains et Algériens signent alors dans la baie d’Alger un accord permettant la libre circulation des navires américains en Méditerranée. Puis l’année suivante, en 1816, la ville est bombardée lors d’une expédition punitive par une flotte anglo-hollandaise menée par Edward Pellew et le dey doit à nouveau négocier.

Colonisation française

En 1830, après 3 ans de blocus, le roi Charles X prétexta de l’aggravation d’un contentieux commercial entre la France et la régence d’Alger pour envoyer un corps expéditionnaire commandé par le général de Bourmont, ministre de la guerre, afin que celui-ci prît possession de la ville qui tomba le 5 juillet 1830, trois semaines après avoir débarqué à Sidi-Ferruch situé à 30 km à l’ouest. Présenté comme simple raid militaire punitif à l’origine, l’occupation française se prolongea pendant plus de 130 ans, et marqua profondément la cité qui comptait à peine 30 000 habitants à cette époque.

La ville, bâtie en amphithéâtre sur un rocher dont l’inclinaison est tournée vers l’est, s’étendait alors, dans la partie comprise entre les actuels rue Benganif, boulevard Hahkad, la casbah (la citadelle) et le port, soit 3 200 mètres de remparts avec cinq portes (Bab El Oued, Bab Azzoun, Bab Dzira, Bab El Bhar et Bab Jedid) qui enfermaient environ 12 200 maisons de grandeurs diverses contenant toutes une cour d’une plus ou moins grande étendue, 103 mosquées, une dizaine de synagogues, 7 grandes casernes de janissaires, 150 fontaines et 60 cafés maures.

Les faubourgs constituaient la campagne avec de belles villas enfouies dans un cadre de verdure et de vastes jardins qui faisaient l’admiration des Européens. La ville haute, le Djebel, constituait la vraie ville avec ses mosquées, ses zaouïas et ses rues étroites.

Au lendemain de la colonisation, la ville fut maintenue comme capitale de la nouvelle colonie d’Algérie, où une commission de gouvernement et un conseil municipal institués par Bourmont, siégeant en premier lieu à l’hôtel Bacri (aujourd’hui « palais Dar Khedaouedj Amiya »), rue Socgémah, remplacèrent l’administration turque. Cette assemblée composée de sept Maures et de deux Israélites, était présidée par un Maure marié à une Française, Ahmed Bouderbah qui, avant 1830, avait vécu en qualité de commerçant à Marseille. C’est lui qui, avec Hamdan Khodja, négocia la reddition de la ville auprès du Dey Hussein. M. Brugière, sous-intendant militaire, agissant en tant que « commissaire du Roi près de la municipalité » le seconda dans sa tâche.

La colonisation française commença par le refoulement des indigènes, qui furent chassés de tout le Sahel algérois, puis évolua vers leur cantonnement qui les obligea pour vivre à vendre leur travail au colon voisin66.

Puis dès 1848, Alger devint le siège de la préfecture du département du même nom, permettant ainsi un développement rapide67, grâce à l’arrivée d’émigrants européens au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, principalement d’origine française ou méditerranéenne (Espagnols et Italiens), tandis que la population locale se concentre plutôt dans une casbah en voie de taudification.

Alger en 1830.

Afin d’investir la ville, deux ressources s’offrent aux colons : soit celle d’occuper les habitations mauresques, en s’adaptant à leur architecture ; soit celle d’en démolir quelques-unes pour construire des voies carrossables et des places pouvant servir aux rassemblements de troupes et aux marchés.

La topographie de la ville, accidentée dans sa partie ouest, n’offrant qu’une zone basse légèrement plane dans sa partie est, et étant située en bordure de mer pouvait, grâce au voisinage du port, avoir un plus grand intérêt économique. Ainsi, c’est dans cette dernière zone qu’il y eut le plus de transformations.

On commença par quelques démolitions entre Bab-Azoun et la Marine, ainsi que dans la rue des Souks pour permettre aux chariots de circuler librement. On continua le tracé des rues « Bab-Azoun », « Bab El Oued » et « de la Marine » qui avaient été auparavant simplement élargies. Pour les deux premières, on construisit des rues à arcades et on fit adopter l’établissement de galeries, de façon à lutter contre les rayons du soleil. Aussi l’ouverture de deux autres rues fut décidée : celles « de Chartres » et « des Consuls », afin d’établir une communication entre les portes Nord et Sud, au cas où les rues Bab-Azoun et Bab El Oued auraient été rendues inutilisables.

À partir de 1840, la ville sortant des limites des fortifications ottomanes et des logiques de défense, le Génie élabora en 1841 un projet d’ensemble de fortifications modernes. L’architecte Pierre Auguste Guiauchain rédigea en 1845 un schéma général de voirie et d’alignements concernant les terrains à édifier à l’intérieur de la nouvelle enceinte. Il installa les nouveaux bâtiments publics : hôtel de ville, palais du Gouverneur, théâtre, palais de justice, hôtel des postes et du trésor, etc. dans les meilleurs emplacements dominant la mer et projeta une série de percées transversales destinées à faciliter la liaison entre les nouveaux quartiers du Nord et du Sud de la ville.

Fichier:AlgiersSights.ogvLire le média

Visite du quartier européen, puis du quartier arabe d’Alger, en 1936.

Ce plan qui sera publié en 1848 par Delaroche, esquisse les rampes et les escaliers destinés à relier les quais à la ville, quelque 15 mètres plus haut, de même que les liaisons avec la « place du Gouvernement » au sud.

Par étapes successives cette idée aboutira, en 1860, au projet de Chassériau, architecte de la ville, qui dessina l’ensemble de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais et la ville. Il prit le nom de boulevard de l’Impératrice en honneur d’Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III, qui l’inaugura en 1865 (avant son achèvement) et accueillit, au fil du temps, d’importants édifices publics : la Préfecture, le palais des Assemblées, le Casino, l’hôtel de ville, le grand lycée d’Alger (futur lycée Bugeaud), etc.

Les Français s’installaient principalement dans les faubourgs, dans des maisons qui se trouvaient le long des remparts, comme le quartier populaire de Bab El Oued au nord, tandis que l’on poursuivait également l’européanisation de la ville musulmane ; aménager les constructions mauresques semblait être le meilleur programme d’utilisation de la cité. Ainsi, dès 1839, la partie basse de la ville commença à disparaître, démolitions et expropriations contribuèrent à donner un aspect nouveau à ce quartier. L’immigration d’Européens étaitt importante. Tous les nouveaux venus commençaient d’abord par occuper les maisons mauresques qui sont transformées pour répondre à des exigences nouvelles. Celles-ci devenaient bientôt des bâtisses insalubres et mal aérées. Au cours de son voyage, Napoléon III fit une enquête personnelle qui eut pour résultat d’arrêter les démolitions de la vieille ville. Le rapport dit que la haute ville devait rester telle quelle. On commença à s’apercevoir qu’il était difficile de greffer une ville européenne sur une ville musulmane. Le temps seul se chargea alors de modifier l’aspect de la cité.

Quartier de Bab El Oued et Saint-Eugène, la basilique Notre-Dame d’Afrique se trouve en haut à gauche de la photo.

Ainsi, les quartiers d’Alger ressemblèrent peu à peu à des quartiers parisiens, dignes des travaux haussmanniens, avec les lieux nécessaires à la vie publique (jardins, églises, mairies, écoles). Les anciennes somptueuses villas ottomanes réquisitionnées, furent utilisées comme maisons secondaires par les grandes familles françaises.

La colonisation fit d’Alger une ville à majorité européenne, ceci bien que la population musulmane indigène commençât à s’accroître de façon exponentielle à partir de la Première Guerre mondiale, du fait tant de l’accroissement naturel que de l’exode rural.

À partir de 1903, l’administration française se soucia du respect de la culture indigène, c’est ainsi que le style néo-mauresque est né (exemple : la Grande Poste d’Alger). L’embellissement de la ville s’accentua pendant les années 1930 (centenaire de la conquête de l’Algérie). C’était un moyen pour justifier la colonisation et de montrer sa réussite. Pour cela, on construisit des musées (musée des beaux-arts d’Alger), des jardins (jardin d’Essai), des lieux artistiques (villa Abd-el-Tif, avec ses artistes pensionnaires du concours).

Les transports modernes furent également installés. Ainsi, en 1892 le chemin de fer fit son apparition par la fondation de la Compagnie des Chemins de fer sur routes d’Algérie (CFRA), dont une partie du réseau est centré sur Alger. Il se composait d’une ligne côtière traversant la ville par les boulevards le long du port. La même année, la Société des tramways algériens (TA) fut créée afin de constituer un réseau purement urbain dans Alger. Une longue ligne fut construite, parallèle à celle des CFRA, mais à l’intérieur de la ville. En complément de la ligne de tramways des TA, une nouvelle ligne de trolleybus fut mise en service.

Guerre d'Algérie

Alger se constitua en Zone autonome d’Alger, fin de l’année 1956 sous le commandement d’Abane Ramdane et ensuite de Yacef Saadi en 1957, joua aussi un rôle décisif durant la guerre d’Algérie (1954-1962), notamment pendant la bataille d’Alger, durant laquelle la 10e division parachutiste de l’armée française, à partir du 7 janvier 1957, mena la chasse aux indépendantistes algériens, sur ordre du garde des Sceaux François Mitterrand, qui lui donne tout pouvoir pour « éliminer les insurgés ». La ville comptait alors 884 000 habitants.

Alger reste marquée par cet épisode caractérisé par une lutte sans quartier entre les indépendantistes œuvrant pour la libération du pays et l’Armée française menant des opérations de police et pratiquant la torture. Des opposants à l’ordre colonial, comme le jeune professeur de mathématiques Maurice Audin ou le leader nationaliste Larbi Ben M’hidi sont maintenant honorés depuis par la municipalité : des artères principales de la ville portent désormais leurs noms. La bataille d’Alger, remportée par le général Massu, reste cependant une réussite mitigée car si sur le plan militaire, en quelques mois, les principaux dirigeants du FLN sont arrêtés, l’action de ces derniers ainsi que les aspirations du peuple algérien apparaissent sous un jour nouveau aux yeux de l’opinion internationale.

Un an plus tard, les manifestations du 13 mai lors de la crise de mai 1958 y consacrèrent la chute de la Quatrième République en France, ainsi que le retour du général De Gaulle aux affaires. Dans l’espoir d’une résolution rapide de la crise algérienne, on put alors voir d’immenses manifestations mêlant dans une liesse commune Européens et indigènes affirmant leur attachement indéfectible à la France et leur foi en la politique du général De Gaulle.

Par les décrets no 59-321 du 24.02.1959 et no 60-163 du 24.02.1960, l’organisation de la commune d’Alger sera réorganisée : le « Grand Alger » est formée en agglomérant au centre-ville douze anciennes communes de la périphérie. L’ensemble est divisé en dix arrondissements, dont la gestion est assurée par un administrateur général, par un conseil municipal élu et par des maires et adjoints d’arrondissement.

Les communes concernées par cette réforme étaient :

Air de France (7e arrondissement)

Baraki (10e arrondissement)

Birmandreis (8e arrondissement)

Bouzarea (6e arrondissement)

Dely-Ibrahim (7e arrondissement)

El-Biar (7e arrondissement)

Hussein Dey (9e arrondissement)

Kouba (8e arrondissement)

Maison-Carrée (10e arrondissement)

Mustapha (4e arrondissement)

Oued Smar (10e arrondissement)

Saint-Eugène (6e arrondissement)

Mais en avril 1961, Alger revint de nouveau sur le devant de la scène lorsque les généraux Salan, Challe, Zeller et Jouhaud échouèrent dans leur tentative de soulèvement de l’Armée française contre la politique algérienne du général de Gaulle.

Lors de l’exode de 1962 (appelée aussi l’exode des pieds-noirs), Alger vit partir sa population d’origine européenne et juive (350 000 personnes).

Indépendance

Les Algériens célébrèrent dans une grande liesse populaire l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962. Le 19 juin 1965, à minuit, les chars de l’armée prirent position autour de la capitale, le président Ben Bella fut renversé71. Accueillant la plupart des révolutionnaires du monde entier et autres figures du tiers mondisme, ce qui fit dire au chef indépendantiste de Guinée-Bissau Amilcar Cabral : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à La Mecque et les révolutionnaires à Alger ». Alger devient une capitale du tiers monde ainsi qu’une ville phare du Mouvement des non-alignés pendant la guerre froide72

 

En octobre 1988, soit un an avant la chute du mur de Berlin, Alger fut le théâtre de manifestations réclamant la fin du système de parti unique, une véritable démocratie baptisées « le Printemps d’Alger » (voir l’article : Émeutes d’octobre 1988 en Algérie). Elles furent réprimées par les autorités (plus de 300 morts), mais constituèrent un tournant dans l’histoire politique de l’Algérie moderne : en 1989, une nouvelle constitution fut adoptée qui mit fin au règne du parti unique et permit la création de plus de cinquante partis politiques, ainsi qu’officiellement une libération totale de la presse écrite.